Ali Kahina : Les blessures de l'espoir

  1. Ali, quelles motivations t'ont poussé à faire l'album que tu prépares ?

    Ce n'est pas mon premier enregistrement. Mon tout premier disque remonte aux années 1980. J'étais alors en Algérie. Je l'avais publié dans la région des Aurès, d'où ma famille est originaire. J'étais assez populaire là-bas. Entre deux, en 1988-1989, les événements politiques locaux m'ont amené à regagner la France. Trois mois après mon retour, j'ai ramené ma famille avec moi. J'avais vécu en tout vingt-quatre années en Algérie. Arrivé en France, j'ai dû temporairement délaisser la chanson, mais une guitare traînait toujours dans le salon. En 1992, j'ai gravé un album de 6 titres, mais j'ai eu beaucoup de problèmes au niveau de la production. Plus tard, en 2005, j'ai enregistré un single qui contenait deux titres. N'étant pas du tout satisfait de mes expériences antérieures, j'ai voulu prendre en main la réalisation complète de ce nouvel album auquel j'ai consacré deux ans de préparation.
  2. Quelle en est l'idée directrice ou le concept général ?

    Il est avant toute chose le reflet de mon vécu : mon enfance pleine d'incertitudes, les galères de ma famille très malmenée dès son retour en Algérie (1966) et la grave injustice dont nous avons souffert. Mais il parle aussi de l'amour, de l'espoir qui nous permet de supporter le pire. Et nous en savons quelque chose...
  3. Quelle est la tendance dominante de l'album ?

    C'est d'abord un message fort à faire entendre, un témoignage qui musicalement répond à diverses influences. Les rythmes, pour l'essentiel, sont issus de la musique chaoui, d'origine africaine, autrement dénommée danse du ventre. Cette musique, je l'ai modernisée pour l'enrichir de sonorités et de couleurs actuelles. Toute musique authentique procède de différents courants. Ce n'est pas une découverte. La « world music » existe depuis longtemps. Pour ma part, j'ai été abreuvé de chansons berbères et de quelques chansons françaises. C'était plutôt de la variété. J'écoutais ce que l'on passait.
  4. A quelles sources musicales as-tu puisé pour l'écriture et la composition ?

    En fait, je n 'ai jamais étudié le solfège. Je travaille à l'oreille. Dès l'âge de 13 ans, j'ai appris seul l'harmonica et la guitare, avec les seuls moyens du bord, c'est-à-dire pratiquement rien. A cette époque, ma musique et ma pensée étaient mon unique thérapie. Je ne songeais même pas à jouer devant un public. On me considérait comme un garçon un peu à part, décalé pour parler le langage d'aujourd'hui. Toutes les musiques de l'album sont de moi. Pour les textes. Luis PORQUET apparaît sur une bonne moitié de l'album. Il a fait siens les thèmes que je tenais à développer. Nous avons beaucoup discuté en amont de chaque chanson.
  5. Quel est l'esprit général de ce disque, en matière mélodique et rythmique ?

    Il y a pas mal de titres très enlevés mais aussi des plages plus paisibles, plus sentimentales. Le disque contient aussi un titre où Hala, ma fille, dialogue avec moi. L'album pose beaucoup de questions face à la barbarie et l'injustice profonde du monde actuel. Il aborde notamment le problème de l'émigration, de la guerre et les menaces que le monde moderne fait peser sur l'environnement.
  6. Combien de musiciens ont participé aux enregistrements ?

    Pour cet album, auquel j'avais longuement réfléchi, j'ai fait appel à Frédéric RIEDELpour les arrangements, Rachid BELLIC, qui joue du violon, du banjo et de quelques percussions, Antonio LUCAS à la basse, Alek BARAL en tant que conseiller artistique et technicien du son, une choriste, Fatou, Gilles BLOQUEL pour les solos de guitare et certains accompagnements, Kahina et Hala, mes deux filles pour un certain nombre de chœurs, Nasser SAFSAF pour la Derbouka et un ami, Kader, enfin, pour la technique. En dehors du chant, je m'accompagne à la guitare sur la totalité des titres.
  7. Où avez-vous enregistré l'album ?

    En Normandie, dans un studio professionnel.

(Propos recueillis le 9 décembre 2008)

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